Les instruments à cordes pincées de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg

(Article paru en septembre 2011 dans « le Joueur de Luth », bulletin de la Société Française de Luth)

Avec sa silhouette asymétrique typique, la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg est connue notamment pour avoir été  le monument le plus haut du monde chrétien de 1647 à 1884.
De style gothique, sa construction s’est étalée de 1176 à 1439. Elle a fait l’objet de restaurations nombreuses pendant les siècles suivants, notamment les statues et sculptures qui souvent sont des copies plus récentes. En effet, la pierre de taille utilisée, le grès rose des Vosges, est une roche particulièrement tendre et soumise à l’érosion.

La cathédrale est richement ornée de sculptures et bas-reliefs, dont des musiciens et leurs instruments bien entendu ! Répartis sur les facades Ouest et Sud, ainsi qu’à l’intérieur de la nef, certains musiciens sont peu connus car les statues sont parfois très élevées et presque invisibles à l’oeil nu !  Les instruments représentés sont variés : vièles, citoles, guiternes et luths, psaltérions, harpes, flûtes, cors et trompes, orgues portatifs, percussions … Nous étudierons plus particulièrement ici les cordophones de la famille des luths.

Le portail principal et le grand gable

Portail principal de la CathédraleSix statues de musiciens, réalisées entre 1291 et 1339, ornent le grand gable de part et d’autre au dessus du portail principal. Les originaux de ces statues sont conservés au Musée de l’Œuvre Notre-Dame. Les sculptures actuellement en place sur le gable sont des copies conformes réalisées vers 1920 en remplacement de statues effectuées au XIXe siècle. Cela dit, l’authenticité iconographique de ces musiciens reste très problématique, et nous invite à manier avec prudence les informations organologiques éventuellement obtenues.(1)

On peut voir (de bas en haut) à gauche, un joueur de citole en « feuille de houx », un joueur de vièle en « guitare », et un joueur de vièle « en huit »; à droite un joueur de citole de forme de « T », puis deux joueurs de vièles ovales (toutes les vièles sont jouées « da braccio »). On remarque que les statues en place forme un groupe homogène de six hommes barbus, dans la force de l’âge. Les habits varient de la simple tunique « à l’antique » à une tenue médiévale plus sophistiquée pour les deux joueurs de vièle intermédiaires, avec manteau et chapeau. Nous n’avons ici affaire ni à des anges, ni à des vieillards (de l’Apocalypse), comme c’est  le cas pour les cathédrales contemporaines, mais bien à des musiciens laïques formant vraisemblablement une troupe profane de musique à cordes. Cette représentation deviendra plus fréquente à la Renaissance, mais témoigne un caractère exceptionnel pour les statues strasbourgeoises.(2)

Portail principal, citole en T, copie XXe s.

citole en T, copie XXe s. en place

Portail principal, citole en T, statue originale fin XIIIe s. restaurée (M. Bertola, M.O.N.D.)

citole en T, statue originale fin XIIIe s. restaurée (M. Bertola, M.O.N.D.)

La statue conservée actuellement au Musée Notre-Dame, du musicien à la citole en « T » est en très bon état. Mais la photo du même musicien publié en 1924 (Otto Schmitt) montre un instrument abîmé, avec la partie inférieure de la citole et la main droite manquantes. Cette sculpture a donc été restaurée au courant du XXe siècle, et on peut même penser que la citole a été refaite entièrement à ce moment là. En effet, certains détails n’apparaissent que sur la version actuelle comme nous le verrons plus loin.

Portail principal, citole en T, statue originale fin XIIIe s., état en 1924 (F.O.N.D. d'après Otto Schmitt))

citole en T, statue originale fin XIIIe s., état en 1924 (F.O.N.D. d’après Otto Schmitt))

Dans son état de 1924, la citole en « T » présente une forme particulière mais élégante : la caisse assez rectiligne s’évase au niveau des épaules en deux « ailettes », qui lui confère une silhouette en « T ». Cette forme à priori  rare dans l’iconographie médiévale, présente toutefois des similarités de contour avec de nombreuses citoles représentées dans les sources anglaises et françaises du XIVe siècle.(3) Cette citole n’est donc pas une curiosité isolée, mais s’inscrit visiblement dans un style partagé dans toute l’Europe du Nord.(4)

La caisse est profonde (de la moitié de la largeur) s’affinant peut-être légèrement vers le cordier. Chaque ailette est décorée de deux rainures gravées sur toute la hauteur de la caisse. On observe clairement un renfort à l’arrière du manche et la présence d’un « trou de pouce », ainsi qu’une protubérance trilobée, à l’extrémité de la caisse. Ces particularités sont typiques de nombreuses représentations de citoles et de l’instrument original conservé au British Museum (dite « citole de Warwick »). Ces caractéristiques supposent une construction monoxyle de la caisse,  l’origine et la fonction réelle du « trou de pouce » faisant encore débat.(5) Le manche est bien proportionné, entre le tiers et la moitié de la longueur de corde vibrante supposée. Quatre cordes bien distinctes sont fixées à un cheviller droit basculé à 45°, comportant trois chevilles frontales (et une cassée ?). La touche n’est pas distincte du plan de la table.

La citole actuellement conservée (comme sa copie fidèle en place sur le gable) présente exactement la même forme mais avec plusieurs modifications modernes. La partie inférieure reconstituée montre les cordes pincées par un plectre massif. Elles sont attachées à un cordier trapézoïdal, lui-même ancré par un lien sur la partie trilobée. Il y a  maintenant non plus quatre mais cinq cordes et cinq chevilles frontales. Le motif de celles-ci est par ailleurs identique au fameux luth de « The Ambassadors » de Holbein. Une rosace ouverte assez large (environ la moitié de la largeur de la table) et bordée d’un filet gravé est désormais représentée au centre de la table. Il est enfin clairement sculpté en relief une « barrette » sous les cordes au niveau des « ailettes », semblable à un chevalet de type « flottant » qu’on attendrait justement sur une citole. Sa position est malheureusement incompréhensible au niveau acoustique, car si elle touchait les cordes comme l’indique le relief, il serait impossible de changer la hauteur des notes des cordes par le jeu à la main gauche ! Si on exclue la possibilité pour cette barrette de stopper les cordes, alors sa position à la mi-longueur de corde estimée (donnant l’octave des notes fondamentales de chaque corde) pourrait servir de repère ou de frette. Mais sa représentation saillante et le fait qu’elle soit seule rend cette hypothèse également peu convaincante. Tout comme les détails précédents c’est vraisemblablement l’oeuvre du sculpteur moderne.

Portail principal, citole en feuille de houx, copie XXe s.

citole en feuille de houx, copie XXe s.

Portail principal, citole en feuille de houx, statue originale fin XIIIe s. restaurée (M. Bertola, M.O.N.D.)

citole en feuille de houx, statue originale fin XIIIe s. restaurée (M. Bertola, M.O.N.D.)

Portail principal, citole en feuille de houx, statue originale fin XIIIe s. , état en 1924 (F.O.N.D. d'après Otto Schmitt))

citole en feuille de houx, statue originale fin XIIIe s. , état en 1924 (F.O.N.D. d’après Otto Schmitt))

La statue du musicien à la citole en « feuille de houx » conservée actuellement au musée est également en très bon état. Mais ici, la comparaison avec la photo du même musicien prise en 1924 montre indubitablement deux citoles « feuille de houx » différentes ! La citole actuelle est donc la conséquence d’une restauration postérieure à 1924.

Quant à celle représentée sur la photographie, elle n’est pas non plus originale puisqu’on observe clairement que les mains et l’instrument forment un bloc rajouté à la statue (6). Cette citole est assez échancrée, a quatre cordes et aucune rosace. Le manche est cassé.

Il est impossible à ce jour de dater cette restauration et la fiabilité de la représentation. La citole actuelle, bizzarement, est assez différente dans son contour même si la forme est celle en « feuille de houx ». Elle présente trois cordes, une rosace, et la fameuse barrette sous les cordes évoquée plus haut sur la citole en « T ». L’instrument a donc été repensé par rapport à la précédente restauration, mais il est difficile de dire sur quelles bases.

Par conséquent, aucune des deux versions ne permet de se faire une idée précise de l’instrument originalement présent dans les mains de ce musicien. Cela dit, ce contour en « feuille de houx » n’est pas exclu, car il est présent sur la Cathédrale (voir la frise romanisante, ci-après) et se retrouve fréquemment pour d’autres citoles.(7)

La galerie des Apôtres

Ornant le sommet de la galerie des Apôtres (réalisée entre 1366 et 1383), se trouvent dix anges dont huit musiciens. Ces anges jouent respectivement de gauche à droite : harpe, vièle à archet, clochettes, orgue portatif (à soufflet), luth (?), timbales, psaltérion, et tambourin.

Le cas de ces anges musiciens est particulier. Ces sculptures étaient représentées sur les plans médiévaux du milieu du XIVème siècle, mais des gravures du XVIIe siècle prouvent qu’elles n’avaient toujours pas été réalisées à cette époque. En fait, les anges musiciens furent rajoutés en 1912 et réalisés d’après ces plans médiévaux.

Ange au « luth », Galerie des Apôtres, copie XXe s.

La statue de l’ange au « luth » montre un instrument joué au plectre, avec un chevillier droit, basculé fortement en arrière, ce qui laisse penser à un petit luth médiéval. Mais la comparaison avec le plan médiéval original du milieu du XIVe siècle (conservé au Musée de l’Oeuvre Notre-Dame de Strasbourg) nous montre un instrument sensiblement différent !

Galerie des Apôtres, détail du dessin médiéval original, milieu du XIVe siècle (M. Bertola, M.O.N.D.)

Galerie des Apôtres, détail du dessin médiéval original, milieu du XIVe siècle (M. Bertola, M.O.N.D.)

En effet, si sa position et la forme de la caisse en « goutte d’eau » sont identiques, le dessin original représente le chevillier recourbé « en faucille », orné d’une tête sculptée (de lion ou de monstre). Les cordes passent sur un chevalet flottant, et viennent s’attacher à l’arrière de la caisse. Nous sommes ici vraisemblablement en présence d’une guiterne (précurseur monoxyle de la mandoline) et non d’un luth. La différence entre dessin original et statue moderne s’explique probablement par une volonté de simplification de la sculpture au XXe siècle.

Le croquis, assez finement réalisé, compte tenu de la taille réduite des personnages, détaille en outre  une rosace centrale ajourée d’un motif gothique, et un plectre assez long. D’un côté du chevillier émergent trois chevilles latérales en forme de « boule ». Faut-il y voir une indication de six chevilles au total, donc trois choeurs ? Le nombre de cordes sur le dessin est approximatif et ne permet pas de trancher.

Notons enfin que la guiterne n’est pas le seul instrument à bénéficier d’un « relooking »: la vièle voit sa forme s’échancrer, et le bourdon grave originalement déporté est remis dans l’axe. Le chevillier rond avec chevilles frontales devient un chevillier de type « violon », avec chevilles latérales et volute complète. Quand aux anges harpiste et tambouriniste, ils ne figurent pas sur le dessin original.

La frise romanisante de la facade sud

Cette frise, située assez haut, date de 1300 environ. Les bas-reliefs, qui possèdent encore quelques traces de polychromie, sont d’origine et n’ont subi que de très légères restaurations. On peut donc les considérer comme à priori assez fiables.

La frise représente essentiellement des personnages mythologiques chimériques, par paires. Parmi eux, quatre centaures musiciens : un joueur de vièle à archet, un joueur de citole en duo avec un flûtiste, et un saltimbanque avec son tambourin et son chien.

Frise romanisante, facade sud, centaures musiciens, c. 1300

Frise romanisante, facade sud, centaures musiciens, c. 1300

Le centaure à la citole joue d’un instrument assez grand par rapport à lui. La forme de la caisse est celle d’une « feuille de houx » hexagonale peu échancrée. Elle est prolongée par une excroissance trilobée, qui sert probablement d’attache-cordier, lequel n’est d’ailleurs pas clairement visible. On remarque que la forme de cette excroissance est très proche de celle de l’attache-cordier de la citole dite « de Warwick », conservée au British Museum. Aucune ouverture ni chevalet ne sont visibles sur la table.  Il semble y avoir quatres cordes, pincées avec la main droite, en position de tenue d’un plectre, avec le bras soutenant la citole en passant sous l’attache-cordier. L’autre main repose sur les cordes à la base du manche, lequel se continue par un chevillier basculé en arrière de 45° environ. Celui-ci est légèrement courbé vers l’avant, et semble accueillir des chevilles peu distinctes sur la face avant. L’espace massif à l’arrière du manche et du chevillier est assez profond, mais sans « trou de pouce » visible comme pour la citole du portail principal. Cela indique-t-il simplement un artefact lié à la sculpture (laissé pour des raisons de solidité et facilité) ou bien l’instrument est-il lui-même profond à cet endroit précis ?

A noter que son acolyte centaure joue d’une petite flûte visiblement taillée dans un os, et pose le pied sur une volaille plumée et aujourd’hui décapitée !

Frise romanisante, façade sud, centaure à la vièle, c. 1300

Frise romanisante, façade sud, centaure à la vièle, c. 1300

Sans m’attarder sur la vièle voisine, signalons qu’elle est finement sculptée, et bien détaillée. Elle présente des chevilles identiques au luth de « The Ambassadors » de Holbein (et donc à la citole moderne « en T » du portail ). La flancs de la caisse sont assez droits, entre la vièle ovale et celle en forme de guitare.

L’intérieur de la Cathédrale

Dès l’entrée dans le narthex, on trouve au niveau du sol plusieurs arcs gothiques sculptés. Au nord, les écoinçons de l’un d’entre eux représentent deux musiciens profanes : un joueur de vièle ovale, et un joueur de cornemuse (?) qui semblent interpréter une scène campagnarde. Symétriquement, au sud, on trouve sur fond de flammes, un musicien (ange ou jeune homme) à vièle ovale, face à une harpie dans une posture de refus et de rejet

Dans la nef, se trouve le grand orgue en nid d’hirondelle. Reconstruit de nombreuses fois durant les siècles passés (et notamment par andré Silbermann en 1716), on a réemployé certaines parties anciennes dont le buffet de 1481, et en ce qui nous concerne, le pendentif du buffet datant de 1385. A son extrémité, quatres angelots musiciens surplomblent les travées : ils jouent respectivement un orgue portatif, une vièle à archet, un luth et une guiterne. Les instruments, comme les angelots, sont entièrement dorés et peints.

Pendentif de l'orgue, 1385

Pendentif de l’orgue, 1385

Le luth et la guiterne présentent tous deux une rosace centrale semblables (motif à base d’arcs de cercle entrecroisés, se rejoignant au centre) avec un double filet noir comme bordure. La tenue des deux instruments et la position des mains sont identiques, et suggèrent fortement le jeu au plectre. Il n’y a ni protection de la table visible (filet, parchemin), ni frettes.

Pendentif de l'orgue, ange à la guiterne, 1385

Pendentif de l’orgue, ange à la guiterne, 1385

Les cordes de la guiterne passent par dessus un chevalet situé au bord inférieur de la rosace et viennent s’accrocher sur le bas de la caisse, de manière classique pour ce type d’instrument. Cependant, la position (trop haute) du chevalet par rapport à la rosace (trop basse) est inhabituelle et acoustiquement peu vraisemblable. La forme de la caisse en « goutte d’eau » est bien dessinée. Le chevillier droit, peu renversé vers l’arrière, se termine par une esquisse sommaire de volute, ce qui n’est pas sans rappeler le profil de la guiterne de Hans Ott. On compte trois chevilles noires sur le côté visible, et six cordes sont détaillées au niveau du sillet. Par contre, à partir de la main gauche jusqu’à l’attache sur le bas de la caisse, on voit sept cordes, ce qui nous empêche de conclure d’une manière satisfaisante.

Pendentif de l'orgue, ange au luth, 1385

Pendentif de l’orgue, ange au luth, 1385

La caisse du luth est de forme ovale écrasée presque rectangulaire dont la courbe se prolonge dans le manche. Celui-ci est très court en proportion de la caisse (trois ou quatre frettes possibles au maximum) ce qui limiterait considérablement le jeu dans les aigus. Le chevillier droit est basculé presque à angle droit, avec un nombre de chevilles indéterminé. Il y apparemment huit cordes réparties régulièrement, ce qui pourrait indiquer quatre choeurs doubles. Elles semblent passer aussi par dessus un chevalet situé au bord inférieur de la rosace (même remarque que pour la guiterne). Par contre, elles viennent s’accrocher non pas en bas de la caisse, mais sur la table (un peu plus bas que la position classique d’un chevalet de luth), sans qu’on puisse voir de système d’attache évident. Ce dispositif de « double chevalet » éventuel est peu conventionnel, et nous laisse perplexe quant à l’interprétation à en faire.

Pour conclure:

Tout en tenant compte des problèmes d’authenticité de certaines statues, la richesse des représentations instrumentales de la Cathédrale nous permet quelques réflexions.

Tout d’abord, le statut des musiciens est assez varié. On y voit bien entendu de nombreux anges-musiciens, annonciateurs ou bien symboles de l’Harmonie Céleste. Au contraire, s’inscrivant dans une succession de scènes monstrueuses, les musiciens-centaures personnifient les vices humains et les conséquences qu’encourrent les pécheurs. La dimension pédagogique des sculptures semble claire, pourtant leur position haute les rend parfois presque invisibles.

Mais l’originalité des musiciens de Strasbourg réside sans doute dans la représentation de musiciens laïques, entourant le portail principal. Formant un petit ensemble à cordes profane, ils ne semblent pas porter de connotation négative mais invitent au contraire à pénétrer dans la cathédrale.

Sur l’ensemble de l’instrumentarium(8), on note que la moitié des instruments représentés sont des instruments à cordes. Parmi ceux-ci, il y a une nette prépondérance des vièles à archet  par rapport aux instruments à cordes pincées, tendance qui s’observe aussi dans l’ensemble de l’iconographie jusqu’au XVe siècle.

On constate une évolution chronologique des représentations des instruments à cordes pincées. Les citoles en sont les seuls représentants dans la première phase de construction de la cathédrale (fin XIIIe-début XIVe siècle). Deux formes distinctes de citoles sont présentes sur le même édifice à cette époque. Elles semblent illustrer la coexistence de tendances stylistiques différentes dans le nord de l’Europe, la forme en « T » et celle en « feuille de houx », qui dérivent probablement toutes deux d’une forme très proche de la citole espagnole.

En quelques décennies,dès le milieu du XIVe siècle, les citoles disparaissent, laissant la place à la guiterne et au luth (à partir de 1385). On peut supposer qu’une évolution de la pratique musicale et des techniques de lutherie soient en partie les cause de ces transformations.

Si les éléments analysés restent malgré tout lacunaires, l’instrumentarium de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg nous apparait ainsi comme un témoignage précieux, voire unique, de la pratique instrumentale dans le Bassin Rhénan à la fin du Moyen-Age.

Remerciements à :

Cécile Dupeux, conservatrice au Musée de l’Oeuvre Notre-Dame,  Christine Spéroni du service photographique, Sabine Bengel et Véréna Spaeth de la Fondation de l’Oeuvre Notre-Dame.

Sauf mention, les photographies sont celles de l’auteur.

Notes :

(1) D’après Van der Bossche, l’histoire de ces sculptures semble très mouvementée. D’une part, une gravure de la seconde moitié du XVIIe siècle montre au moins huit musiciens, avec des positions différentes des statues actuelles. Sur cette gravure, certains instruments sont reconnaissables (comme la citole en « feuille de houx »), tandis que d’autres musiciens n’existent plus à l’heure actuelle (jouant des tambourins ou harpes), sans qu’on puisse affirmer que ces derniers soient bien médiévaux. Enfin, certains instruments actuels ne semblent pas représentés (certaines vièles et la citole en « T »). D’autre part, l’état des sculptures anciennes originales est aussi à prendre en compte. Ainsi, la plupart des instruments ont été restaurés au moins partiellement, même au XXe siècle, comme en témoignent la série de clichés publiés en 1924 par Otto Schmitt .

(2) Voir B. VAN DER BOSSCHE, « la Cathédrale de Strasbourg, sculpture des portails occidentaux », Paris, Picard, 2006

(3) Notamment dans le Psautier « Queen Mary », le Psautier « De Lisle » vers 1310, un vitrail de la cathédrale de Lincoln, un Livre d’Heures français anonyme, un manuscrit de Bruxelles, un manuscrit de Paris.

(4) Paul Butler a montré de façon convaincante que les protubérances au niveau des épaules peuvent s’interpréter comme des vestiges de bras de la kythara (lyre grecque) dont descend la citole à partir du IXe siècle. Par ailleurs, le terme « kithara » a donné naissance à quantité de noms d’instruments à cordes pincées, qui se réclament de son héritage mythique, parfois sans lien organologique évident : entre autres la qitara, la kuitra, la guiterne, la guitare, la cetera, le cistre, la citole, la chitarra battente, le chitarrone, la cithare …

(5) Faut-il y voir un vestige des bras massifs de la kithara, comme c’est le cas pour le crwth gallois?

(6) et comme l’indiquent déjà Schmitt et Van der Bossche.

(7) Notamment de la citole de la cathédrale de Reims, du Psautier « Ormesby », et dans une certaine mesure du dessin typique des citoles espagnoles, comme dans les Cantigas de Santa Maria et la statuaire contemporaine ibérique (Santiago de Compostella, Burgos, Leon, Toro …).

(8) Nous avons pu dénombrer 33 instruments au total , plus les 2 anges modernes supplémentaires de la galerie des Apôtres. Nous n’avons pas évoqué dans cet article consacré aux instruments à cordes les 4 anges annonciateurs joueurs de trompe sur la facade occidentale, au-dessus de la galerie des Apôtres,  les 4 autres anges joueurs de trompe du Pilier des Anges dans le transept sud, un  jeune joueur de hautbois sur de côté sud et enfin un centaure ailé, portant épée et soufflant dans un cor de chasse, dans un écoinçon de la façade sud )

Bibliographie

-J. DORE, « la Grâce d’une cathédrale », Strasbourg, La Nuée Bleue, 2010
-C. LALOUE (dir.), « Archéologie et musique : actes du colloque des 9 et 10 février 2001″, Paris, Cité de la musique, 2001
-C. RAULT (dir.), « Instruments à cordes du Moyen-Age », Royaumont, Créaphis, 1999
-O. SCHMITT, « Gotische Skulpturen des Strassburger Münsters », Frankfurt am Main, Frankfurter Verlagsanstalt, 1924
-B. VAN DER BOSSCHE, « la Cathédrale de Strasbourg, sculpture des portails occidentaux », Paris, Picard, 2006
-M-J.WOLFF-QUENOT, « Bestiaire de pierre », Strasbourg, La Nuée Bleue, 1992

-The Citole Project : http://crab.rutgers.edu/~pbutler/citole.html (Paul Butler)